Archives pour: Novembre 2006, 09
Parfois certaines grandes œuvres se reconnaissent car elles laissent assez de marge pour la libre interprétation.
Faut que j'fasse gaffe, j'vais devenir comme DD.

Bon on va faire simple.
Brassens détenait et détient toujours la raison universelle.
Brel est le plus grand chanteur français de tous les temps.
Desproges est un modèle de bon goût, d'intelligence et d'humour.
Léautaud a toujours eu un jugement juste sur son époque et sur la littérature de son époque.
Les consoles c'est tout pourri, rien ne vaudra jamais un Heroes of Might and Magic ou un Europa Universalis.
Le thé c'est chinois, et ça se découvre comme du vin.
Le whisky c'est la même chose sauf que c'est pas chinois c'est écossais, irlandais, américain, canadien, japonais, limite indien ou suédois, voire encore breton.
Les glaces chez Häagen-Dazs c'est dégueulasse.
Le rhum de chez Baccardi il ne faut pas y toucher.
Voila, on va déjà partir de ça. Les choses au dessus ça ne se discute pas. Ou alors si peut-être quand même.
Il y a quelques années je m'attelai à lalecture d¹un livre qui en a repoussé plus d¹un avec ses 15 mots à la page dont il faut chercher la définition dans le dictionnaire :
«L'île du jour d¹avant» d'Umberto Eco.
Aujourd'hui je m'y replonge, finalement, avec une certaine délectation que j'aimerai partager, au fil de ma lecture
(j¹arrive seulement à la page 50
)
Rassurez-vous, vous n'y trouverez rien d¹indigeste. En voici un extrait drôle et fin, dont je sais que certains d'entre vous sauront l¹apprécier...
1627 - Italie du Nord - Le duc Vincenzo II de Mantoue meurt sans héritier légitime. Dans un dernier râle, il lègue ses terres à un cousin français, Charles de Gonzague, duc de Nevers. Mais les Espagnols ne l'entendent pas de cette oreille et assiègent Casal et sa forteresse. Le sieur Pozzo, vassal du marquisat de Montferrat dont Casal est la capitale, se fait un devoir de rejoindre les Français (même s'il dit du Nevers qu'il ne vaut pas une de ses couilles !), accompagné de son fils, Roberto de la Grive (notre héros encore tout jeune) et de ses meilleurs hommes - autrement dit ses quelques domestiques et paysans !
Et voilà les valeureux qui s'en vont vaille que vaille - à pied - lorsqu'en arrivant au bas de la forteresse, ils se voient stoppés par un avant-poste ennemi :
extrait :
"Monsieur, dit Pozzo, faites-nous la grâce de nous donner la route, en vertu de quoi il faudra que nous allions nous placer au bon endroit pour ensuite vous tirer dessus." L'officier ôta son chapeau, fit une révérence et un salut à balayer la poussière deux mètres devant lui, et il dit : "Señor, no es menor gloria vencer al enemigo con la cortesia en la paz que con las armas en la guerra." (Seigneur, il n'y a pas de meilleure gloire que de vaincre l'ennemi avec la courtoisie dans la paix qu'avec les armes dans la guerre) Puis, en, bon italien : "Passez, monsieur, si un quart des nôtres a la moitié de votre courage, nous vaincrons. Que le ciel m'accorde le plaisir de vous rencontrer sur le champ, et l'honneur de vous tuer."
"Fisti orb d'an fisti secc", murmura Pozzo entre ses dents, ce qui, dans la langue de ses terres, est encore aujourd'hui une expression optative, par laquelle on souhaite, à peu près, que l'interlocuteur soit d'abord privé de la vue et sitôt après pris par un hoquestrangleur. Mais à voix haute, faisant appel à toutes ses ressources linguistiques et à son savoir rhétorique, il dit :"Yo también !" (Moi aussi) Il salua de son chapeau, piqua des éperons, tout doux, encore que pas assez pour la théâtralité du moment, dans la mesure où il devait donner aux siens le temps de le suivre à pied, et il se dirigea vers les murailles.
"Tu peux me dire ce que tu veux, mais ce sont des gentilhommes" fit-il, retourné vers son fils ; et ce fût un bien qu'il tournât le chef : il évita une arquebusade qui le visait du haut des bastions. "Ne tirez pas viédaze, on est entre amis, Nevers, Nevers !" cria-t-il en levant les mains ; et puis à Roberto : "Tu vois, ces gens-là sont sans reconnaissance. C'est pas pour dire, mais les Espagnols sont mieux."
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hoquestrangleur : pas trouvé de définition, mais on peut comprendre "hoquet dont il s'étouffera", à moins qu'il ne s'agisse d'une arme moyenâgeuse servant à la strangulation...
viédaze : "aubergine" en occitan, soit "imbécile" au sens figuré
suite au prochain épisode... :hello: