Archives pour: Novembre 2006, 02
Pour le petit provincial que je suis, Montmartre représente ce petit bout des années folles où se réfugient l'ensemble des artistes bohèmes émechés à l'Absinthe bon marché, ces pauvres peintres au couteau qui recyclent leur pinceau de fortune aussi sec afin de vous délester de quelques deniers contre votre gré, à défaut d'avoir su vous convaincre d'investir dans une de ces croûtes qu'ils pondent au kilomètre. Serait-ce le prisme déformant des cartes postales kitch ou de la production franchouillarde de M. Jeunet, toujours est-il que je suis (j'étais) piqué dans ma curiosité de découvrir ce lieu insolite.
Je profitais donc de mon voyage à la capitale ("Jibé goes to Paname", comme le dit si bien la chanson) pour faire un crochet culturo-touristique du côté de Montmartre. On avait beau cumuler quelques handicaps (à savoir le dimanche, le matin et sous la pluie), ça n'avait pas eu l'air de décourager les cars de touristes professionnels partis à l'assaut du Sacré Coeur.
Ma copine Cécile et moi-même nous fraillâmes un chemin tant bien que mal à travers cette masse humaine multicolore drapée de tissus imperméables multicolores, quand me vint à l'esprit une image reminiscente du passé. Vous savez, comme ces scènes que l'on croit avoir déjà vécue alors que non, en fait, c'est pas possible. Et ben là, pareil. Sauf que je l'avais déjà vécu en fait. Enfin, techniquement non, mais je me comprends.
Il m'est alors apparu très clair que le Mont Saint Michel et la butte Montmartre partagent ce goût immodéré des foules dépareillées, de ce brouhaha ambiant englué dans un folklore bas de gamme, de ces boutiques de souvenirs aux couleurs criardes qui éventrent malheureusement les rez-de-chaussés de ces bâtisses somme toute mignonnes. C'est comme si, quelque part, on avait pété sur une pièce montée : sans ce malheureusement incident, ça aurait pu être sympa... plouc mais sympa. Et ben là, les touristes, c'est le pet.
Vous me direz que je vaux pas mieux qu'eux... et ben c'est pas vrai : j'ai pas alimenté le commerce local. Non par militantisme anti-tourisme, mais plutôt qu'un week end à Paname, c'est pas donné, surtout en fin de mois.

