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A scanner darkly

Hier soir cinéma. A scanner darkly, adaptation du réputé inadaptable livre de Philip K. Dick: Substance mort (en V.F.). On a affaire là à un film d'ambiance. D'ailleurs la couleur est annoncée dès le début. Par la forme d'abord: un procédé de traitement l'image donne un rendu très spécial (regardez l'image ci-dessous). Pourtant les acteurs sont bel et bien réels: Keanu Reeves, Winona Rider, Robert Downey JR, Rory Cochrane. Par l'ambiance et le ton ensuite: la première scène, l'introduction est une longue séquence d'hallucination jouée par le non moins hallucinant Rory Cochrane (les experts). On sait directement où l'on tombe, on n'en sort jamais, mais surtout, on ignore où l'on va. Et ce, jusqu'à la fin, où l'atterrissage est brutal. Est-ce que l'on déphase comme le héros? est-ce la réalité?
Le plus frappant, et c'est tout à fait logique, c'est la précision de la description et du ressenti du drogué. De fait je n'ai pas lu le livre, mais je sais que K. Dick écrivait sous substance, le film comporte d'ailleurs les mêmes "dédicaces" finales que celui-ci: ses amis mort ou ayant subit de graves séquelles. On devine aisément la cause de leurs "petits soucis".
Je me souviens de Requiem for a dream qui nous exposait la spirale infernale mais déshumanisait complètement la personne. C'était avant tout un film social. Sur le phénomène de marginalisation, les séquences de drogue étant des répétitions de rituels.
Dans a scanner darkly, c'est vraiment le ressenti physique, on palpe le trouble que l'on subit lorsque l'on se drogue, et la mise en relief avec la dure loi de la réalité. On flotte dans le film comme Bob Arctor dans son propre cerveau.
On retrouve ce qui fait pas mal de l'univers de K. Dick sur sa vision de la société à venir, l'influence des technologies. Et le rationnel toujours, en opposition avec l'aliénation. On se souvient du test Voight-Kampff dans Blade Runner, ici le héros subit également toute une batterie de tests du même acabit.
Au final, les personnes qui n'accrocheront pas seront celles qui resteront hermétique à la forme, et encore plus à l'ambiance générale.
